Le métier de plume

« Plume », « prête-plume » ou « ghost writer » mais plus « nègre littéraire » depuis qu’une pétition menée par Nelly Buffon de l’agence Envie d’écrire a convaincu le ministère de la Culture et de la Communication, en 2017, de renoncer à cette appellation colonialiste, abusive et humiliante, c'est ainsi qu'on dit.

Prendre ma plus belle plume pour écrire discours, articles, livres... de dirigeants, d’artistes ou de personnalités, est l’une de mes activités. D’abord rencontrer cette personne qui veut s’exprimer, que ce soit par écrit ou de vive voix, sur un format long ou court, mais qui ne sait pas comment s’y prendre, ou qui manque de temps ou de confiance en elle. Échanger avec elle pour cerner sa personnalité, son style, son registre. Comprendre ses attentes, identifier ses cibles. Prendre des notes, enregistrer, consigner.

Une fois de retour chez moi, au calme, je pose par écrits tous ces éléments. Je trace les grandes lignes du message, je relève les mots-clés. Je me mets dans la peau de mon client et j’imagine l’impact de son message sur sa cible. J’accomplis cette étape immédiatement après le premier rendez-vous, je suis de celles qui ont besoin de battre le fer tant qu’il est chaud pour avancer, quitte à y revenir à plusieurs reprises dans les jours qui suivent. Puis je laisse tout cela mûrir. Je vaque à d’autres activités, je marche, je lis, je ris, je nage… j’ai l’air de ne pas travailler mais en fait tout se prépare dans mon esprit, ça mijote. Je me remets alors à mon bureau et élabore une structure narrative, que je soumets à mon client. En fonction de ses retours, je l’amende, la peaufine, la précise. Vient alors la phase rédactionnelle. Rapidement je soumets des éléments à lire à mon client, qu’on appelle entre nous une « V1 ». Cela me permet de vérifier si je suis sur la bonne voie, dans la bonne tonalité, le bon registre. Mon client me fait part de ses commentaires, complète, valide, corrige, appose sa pâte... Ses retours sont précieux, ils nourrissent ma réflexion, nous sommes bel et bien dans un processus de co-construction. Peu de temps après je lui propose une « V2 », sauf si la V1 était la bonne.

Ainsi va le processus d’écriture lorsqu’on est plume. Il faut faire preuve de psychologie, d’empathie, savoir naviguer entre plusieurs styles et apprécier de rester dans l’ombre, ce qui n'est pas nécessairement une place ingrate. C’est un exercice passionnant qui me permet de voyager d’univers en univers, de découvrir des domaines professionnels insoupçonnés, d'en comprendre les codes et les règles, de rencontrer des personnes que je n'aurais jamais dû rencontrer, de mieux appréhender l’âme humaine, tout en m’adonnant à l’une de mes activités favorites dans la vie : écrire.




Virginie Manchado® 2020
Identité visuelle Calixte Perea - Conception du site Monomanie
Logo-VirginieManchado-noir.png